THE GHOST IN THE SHELL: PERFECT EDITION
Kōkaku kidōtai - Japon - 1989/1991
Image de « The Ghost in the Shell: Perfect Edition »
Dessinateur : Masamune Shirow
Scenariste : Masamune Shirow
Nombre de pages : 352 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 15 mars 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « The Ghost in the Shell: Perfect Edition »
portoflio
LE PITCH
Dans une société futuriste régie entièrement par l'information, l'ordinateur est devenu l'ultime outil de prise de pouvoir. Mais alors que la plupart des habitants se branchent sur des réseaux pour communiquer, l'ère des pirates informatiques bat son plein...
Partagez sur :
Au coeur de la machine

Ce mois-ci sort sur les écrans l'adaptation américaine de Ghost in the Shell, manga choc des 90's devenu un animé tout aussi (voir plus) culte sous la patte de Mamoru Oshii, puis série tv et autres préquelles en animation. Retour, enfin, aux sources pour Glénat qui propose The Perfect Edition, volume intégrale tel qu'imaginé par Masamune Shirow.

Même si ce dernier avait déjà publié quelques titres aussi inspirés et geeks que Dominion Tank Police, Orion et surtout l'extraordinaire Appleseed, The Ghost in the Shell livré pour la première fois dans Young Magazine en 1989, peut être absolument perçu comme l'aboutissement de son œuvre et de son approche obsessionnelle de la science-fiction. Où plutôt de l'anticipation, tant l'auteur, maniaque absolu du détail, des sources scientifiques et philosophiques, ancre immédiatement les enquêtes de la Section 9, dans un futur proche (2015 alors, mais la pertinence est toujours là) envahi par la technologie, la technocratie, les firmes industrielles et les complots politico-économiques. Internet y est omniprésent, exploré comme un réseau presque surnaturel d'informations, d'îlots de liberté, mais surtout un terrain de jeu pour les force de frappes gouvernementales, les terroristes de tous bords, les conglomérats industriels, alors que la cybernétique à définitivement établie sa révolution, libérant des êtres robotiques plus ou moins indépendants, plus ou moins conscients. Si cette question justement de l'être à travers la matière, de la naissance d'une conscience au cœur du virtuel, est bien entendu l'un des enjeux du manga, il n'est pas, comme c'était le cas pour le film d'Oshii, l'unique angle de lecture.

 

mechanoïd


Bien plus complexe que son adaptation de 1995, plus touffu, voir carrément frénétique dans son averse de détails visibles ou en note de bas de pages (l'auteur lui-même conseille de ne s'y pencher qu'en seconde lecture), le Ghost in the Shell de Masamune Shirow explore la plupart des obsessions de la Hard SF (le 2001 d'Arthur C. Clarke en ligne de mire), avec l'apanage des grands trips cyberpunks et leurs illustrations dantesques de hackings délirants, de citées écrasées par leur propre poids, le tout traité comme un pur manga polar / action. C'est d'ailleurs ce qui peut largement dérouter les nouveaux lecteurs, qui s'attendent à un manga contemplatif et épuré. Ici, chaque chapitre ou presque est consacré à une enquête indépendante, confrontant le Major Kusanagi et ses collègues (dont le célèbre Batou) à différentes menaces intérieures allant des androïdes de plaisir devenu agressifs, à l'esclavages d'enfants en passant par des coups fourrés entre les différentes sections, avec les particularité d'une affaire policière ou d'espionnage, mâtinées d'une action vive et spectaculaire autant que de notes d'humour totalement à contre-pied. Un mélange des genres personnifié par les fuchikoma, véhicules dotés d'une personnalité limitée, véritables mini-tanks d'assauts surarmés, mais qui passent leur temps à se trimbaler en SD et à accumuler les gags enfantins et touches d'ironie. Divertissant, amusant, mais aussi souvent profond et terriblement complexe pour peu qu'on s'y plonge pleinement, The Ghost in the Shell est tout autant la marque d'un génie du dessin, imposant ses structures architecturales au réalisme hallucinant, ses méchas toujours crédibles et étonnamment beau, son découpage cinématographique de l'action, ses planches cyber-psychédéliques... Aussi bien en noir et blanc, que dans les des pages couleurs (une trentaine) enfin présentées dans toutes leurs nuances et leur vivacité.

C'est que à l'instar des récentes rééditions d'Akira et de Gunnm, Glénat entend ici inscrire ce volume « intégrale » comme une « Perfect Edition », évacuant donc la première traduction effectuée laborieusement sur la version US, reprenant le sens de lecture japonais, préservant certaines écritures d'origine (dont la jaquette du volume, les honomatopées) et retrouvant un vrai format manga et non comic. Bonne nouvelle pour les puristes donc, surtout que les anciens albums en « dur » ne sont plus commercialisés depuis des années....
Mais alors pourquoi ne pas avoir réintégré les pages censurées du 3ème chapitre, partie de jambes en l'air virtuelle et explicite entre l'héroïne et quelques copines, dont l'absence fait, entre autre, tomber quelques allusions suivantes totalement à plat. Perfect Edition ? Nobody's perfect il parait.


THE GHOST IN THE SHELL © Shirow Masamune / Kodansha Ltd.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :

 

Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009