FESTIVAL LUMIèRE 2016 : COMPTE RENDU
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le retour du roi

La huitième édition du Festival Lumière s'achève et l'heure est au bilan. S'imposant année après année comme un festival non pas majeur, mais essentiel, de par son engagement et son ambition de faire découvrir au plus grand nombre le cinéma dit de patrimoine, Lumière est indéniablement l'un des plus beaux événements cinéphiles français, juste après son grand frère cannois. Un événement ouvert à tous, permettant de voyager à travers le temps et les genres, de Buster Keaton à Vincent Lindon, de Jessy James à Oh Dae-su, du 35mm plein de vie aux DCP les plus clinquants.

Qui dit festival, dit bien entendu récompense. En l'absence de compétition, la lauréate du Prix Lumière 2016 fut la toujours magnifique Catherine Deneuve. Succédant à Martin Scorsese, Deneuve était une évidence si nous souhaitions revenir en Europe et enfin attribuer le prix à une femme. Nous aurions certes pu rester sur la tradition des cinéastes et préférer Jane Campion, mais le choix de Catherine Deneuve s'imposait de lui même afin de rester au même niveau que les lauréats précédents. Il faut bien avouer que sur le territoire français, il n'y a qu'elle pour mériter le prix la première (et pour rentrer dans notre algorithme assez fiable des futurs prix Lumière). Jacques Demy, Truffaut, Buñuel, Rappeneau, mais aussi Tony Scott, Téchiné, Aldrich ou encore Polanski qui lui remis le prix tant honoré, l'éventail des 13 films proposés autour de Catherine Deneuve permet instantanément de se rendre compte de son incroyable carrière et des talents qu'elle a croisés. Une photographie de carrière permettant aux spectateurs souhaitant la (re)découvrir sous toutes ses facettes. Ne restant pas sur un sacre de sa personne et de son talent, Catherine Deneuve, par une carte blanche, nous permis de revoir sur grand écran Le Fleuve de Renoir, Les Contes d'Hoffmann de Powell & Pressburger, Le Fleuve sauvage de Kazan, Casino de Scorsese ainsi que Femmes de George Cukor, ce dernier faisant également partie d'une sélection de 16 films, « Hollywood la cité des femmes », visant à mettre sous la lumière les plus grandes actrices hollywoodiennes. Une sélection à l'égale de sa masterclass s'étant déroulée dans l'enceinte du Théatre des Célestins (une de nos fiertés lyonnaises) aussi riche que pleine de classe !

 

le dernier cowboy


Si les évidences comme Scorsese, Eastwood, Deneuve ou Depardieu d'imposent d'elles-mêmes lorsqu'il s'agit de célébrer le cinéma mondial, il n'en est pas forcément de même pour ces réalisateurs souvent absents des cérémonies, n'étalant pas une multitude de statuettes sur leurs étagères, mais pourtant bel et biens incrustés dans nos mémoires de cinéphiles et de cinéphages. L'américain Walter Hill est de ces artistes. Souvent considéré comme un « faiseur », un « artisan », ou d'autres termes tendancieux, un festival comme Lumière est enfin une opportunité de reconnaitre que ces artistes sont des réalisateurs, et de leur offrir des honneurs mérités depuis des années. Projetez en 35mm Sans retour, Les Guerriers de la nuit, Le Gang des Frères James, Driver, et (re)découvrez autant de films rappelant que Walter Hill était important pour le cinéma d'action d'une époque (on regrette les absences de 48 Heures et de Double Détente). Certes, le producteur d'Alien a tout de même eut une carrière plus chaotique et moins qualitative ces vingt dernières années, mais il est toujours là, comme le souligne le documentaire de Jean-Pierre Lavoignat, Walter Hill, le dernier cowboy. Il revient d'ailleurs sur les écrans en avril 2017 avec (Re)assignment, produit par Saïd Ben Saïd, décidément recruteur des papys faisant de la résistance (De Palma, Verhoeven, McT). Au terme d'une masterclass ayant peu parlé de ses films, mais surtout de sa période de scénariste pour Peckinpah, Walter Hill remercia le public lyonnais pour son accueil. « Vous venez d'offrir à un vieil homme un souvenir qu'il n'oubliera jamais ». On espère qu'il reviendra nous voir !

 

La vengeance c'est la vengeance


Autre invité d'honneur de cette huitième édition, le coréen Park Chan-Wook, réalisateur culte sans qui nos années 2000 n'auraient pas été les mêmes, venait pour la première fois sur le territoire des frères Lumière. JSA, Sympathy For Mister Vengeance, Old Boy, Lady Vengeance, ses films majeurs étaient au rendez-vous. Lors d'une généreuse masterclass Park Chan-Wook, revint sur sa carrière, ses aspirations en tant que jeune réalisateur dans les années 90 ou sur la violence au cinéma. Il confirma par la même occasion que Stoker, grand absent de cette rétrospective, est bel est bien un film de vampires... mais qui en doutait encore honnêtement avec un titre pareil ? Lui aussi touché par le public lyonnais, il ne manqua pas de signifier à quel point c'était un honneur d'être accueilli et reconnu ici, chez les frères Lumière. Une reconnaissance qu'il, dans un tacle adressé à notre cher président Thierry Frémaux, estime surprenante alors que ce dernier n'a pas sélectionné Mademoiselle, son nouveau film, en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes. Thierry Frémaux soulignait pourtant que des réalisateurs comme Park Chan-Wook ou Guillermo Del Toro, sous sa présidence, avait permis au festival cannois d'évoluer. Une légère remarque bien loin des actes de vengeance dont sont capables ses personnages !

 

the man is back


Quand on nous disait « vous n'aurez plus jamais un festival avec une telle ambiance que l'édition Tarantino », c'était un peu vrai. Mais c'était sans compter sur le retour plus que probable du bad motherfucker du cinéma ! Eclipsant Deneuve de l'événement (il est resté neuf jours, elle, quatre) de part sa présence quotidienne dans les salles non seulement pour présenter sa sélection basée sur l'année 70, mais surtout, comme à son habitude, pour voir des films dans les mêmes conditions que le public. Prodiguant une masterclass d'anthologie à l'Auditorium de Lyon, Tarantino est revenu sur son sujet d'étude depuis ces quatre dernières années, cette fameuse année 70. De MASH à Five Easy Pieces de Bob Rafelson, en passant par Butch Cassidy et le Kid, qu'il présenta lors de l'ouverture du festival, devant cinq milles personnes, Tarantino effectua une plongée dans cette année charnière essentielle non seulement à la création du Nouvel Hollywood, mais au renouvellement du cinéma mondial. Une belle leçon de cinéma amenée en guise d'introduction de ce qui pourrait devenir un livre ou un documentaire quand le réalisateur de Pulp Fiction en saura un peu plus. Il aime Lyon, il adore le Festival Lumière, il reviendra dès que l'occasion se présentera... stay tuned !

 

les copains d'abord


Lumière, ce sont aussi les habitués, les résidents dont Tarantino fera bientôt parti, Bertrand Tavernier le premier. L'hôte de ces lieux a présenté Voyage à travers le cinéma français, imposant documentaire de 3h12 sur le cinéma hexagonal des années 30 à 70. Oeuvre Encyclopédique et fluide, le temps fuit littéralement devant le spectateur. Une suite est prévue en série pour la télé d'ici l'année prochaine. Nicolas Winding Refn était là pour présenter une version restaurée de Bleeder, Jerry Schatzberg pour celle de Panique à Needle Park, Gaspar Noé pour sa rétrospective. Quand on vous dit qu'il y a du beau monde. Ancien régulier, le regretté Michael Cimino a eu droit à un hommage avec la projection de La Porte du Paradis, présenté par Isabelle Huppert. C'est sympa, mais cela ne rattrapera pas le prix Lumière qu'il n'aura jamais, malgré une une carrière essentielle dans l'Histoire du Cinéma américain. Tous ces réalisateurs sont ici en famille, en amis. Tels ceux que l'on pouvait voir lors de la soirée Bande de potes, initiée et présentée par Fabrice Calzettoni. L'aventure c'est l'aventure, Very Bad Trip, Les Bronzés font du ski et Mes meilleurs copains, quatre films permettant de se détendre juste avant de terminer un festival qui fut encore exceptionnel.

On ne le redira jamais assez, mais le Cinéma est avant tout une expérience vivante et sociale, qui prend toute sa dimension lors d'une projection en salle (en péloche si possible), partagée avec d'autres spectateurs. Et c'est là que Lumière réussit sa mission comme à son habitude. Jeune de huit ans, on lui souhaite une durée de vie qui dépassera les problématiques de découpages de région, de président de région surtout, de changement de gouvernement ou autre politique fiction qui n'a pas sa place en salle, mais qui fournit le budget pour lui permettre d'exister. Là où le Cinéma, et par extension le Festival, va, on n'a pas besoin de route, et pourtant elles mènent toutes à lui, parsemées d'embuches inutiles qu'il serait bien dommage de voir nous empêcher de nous cultiver tout en prenant notre pied. Alors comme il est de tradition à chaque conclusion de bilan on met une pièce sur le prochain prix Lumière. Qui succèdera à Catherine Deneuve ? Sur les sept successeurs d'Eastwood, nous en avons tout de même trouvé quatre. On mise sur Wong Kar-Wai, mais c'est à vous de jouer !

François Rey


















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