PIRANHAS
Piranha - Etats-Unis - 1978
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Genre : Horreur
Réalisateur : Joe Dante
Musique : Pino Donaggio
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titre : Français
Durée : 94 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 5 juin 2013
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Lors d’une soirée au clair de lune, deux amoureux prennent un bain de minuit dans les eaux calmes d’un lac perdu, sans savoir qu’ils vont être le prochain repas d’un banc de piranhas affamés et féroces. Ces mangeurs d’hommes ont été génétiquement modifiés lors d’une expérience gouvernementale top secret. Mais le pire reste à venir… car ces milliers de poissons voraces se dirigent maintenant vers les berges d’une station balnéaire…
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Petits mais costauds

Le cinéma américain est une usine, une machine à rêve comme elle aime tant se vanter, et qui a le don et le travers de reproduire jusqu'à la nausée les formules qui marchent. Avant d'être remaké avec talent par Alexandre Aja puis lamentablement dans le très beauf Piranha 3DD, Piranhas premier du nom était déjà un démarquage volontairement peu discret des Dents de la mer de Steven Spielberg.

 

Toujours malin et attiré par la publicité facile, le producteur Roger Corman ne se doutait sans doute pas que sa petite production refourguée à un jeune réalisateur maison (emprisonné dans la salle de montage pour produire des trailers à la pelle) allait devenir culte à son tour. C'est que parmi la pléthore de futurs grands cinéastes qui sont passés et passeront par l'écurie Corman (Coppola, James Cameron...), Joe Dante est clairement celui qui y semble le plus à l'aise, embrassant à merveille les pulsions popcorns, les angles les plus "exploitation" du genre, tout  en profitant de la liberté totale laissée à ceux qui savent tenir un budget et des délais. Déjà son Hollywood Boulevard s'amusait cordialement de son propre système de production (le cinéma de Drive Inn), mais clairement Piranhas place la barre beaucoup plus haute. En premier lieu parce que le cinéma de Dante est clairement en train de naitre, disposant admirablement quelques références amusées (Les Dents de la mer bien entendu, mais aussi Citizen Kane, L'Etrange créature du lac noir...), réutilisant quelques légendes du cinéma d'horreur / science-fiction comme Kevin McCarthy, Barbara Steele ou son acteur fétiche Dick Miller (qui est présent dans TOUTE sa filmo), non pas pour jouer les petits malins postmodernistes, mais pour décaler son métrage vers un ailleurs, celui d'un cinéma de gosse où l'on aime se faire peur et où toutes les irrévérences sont possible.

 

"Mais, ils mangent les clients!"

 

Du cinéma bricolé et choyé avec amour, qui réussit à faire fi d'un budget forcément limité en livrant des piranhas extrêmement réussis car discrets et habilement portés par des effets de montage nerveux et qui n'hésite pas à profiter de la présence de Phil Tippett dans le coin pour s'offrir un hommage aussi futile que touchant à la stop-motion de Ray Harryhausen. Entre naïveté et férocité, Piranhas réussit tous ses coups de poker alignant un nombre de victimes incroyable (dont quelques bambins aux fesses grignotées méchamment) et surligne toutes les qualités du futur cinéma de son maitre d'œuvre : ici le spectateur entrevoit clairement le génie de Gremlins, L'aventure intérieure, Panic sur Florida Beach et même d'essais comme The Second Civil War ou son premier épisode pour l'anthologie Masters of Horror, Homecoming. C'est que sous gouverne d'une presque parodie de Jaws, d'une farce hilarante sur une vision coloré et proprette de l'Amérique (la colonie de vacance, le parc d'attraction fauché), Dante bâtit une œuvre profondément antimilitariste, fustigeant une culture guerrière et amorale en pleine guerre froide. James Cameron (qui signa en partie Piranhas 2 d'ailleurs) aura son Aliens, Joe Dante lui fait de Piranhas un authentique film de guerre où des scientifiques gradés n'hésitent pas à considérer quelques gamins dévorés sur leurs bouées comme de pauvres victimes collatérales relativement négligeables, bien plus offusqué qu'ils sont par la mauvaise pub que pourrait leur faire un reportage au journal télévisé. Une séquence finale rappelant d'ailleurs curieusement celle du charnier de La Déchirure. Media, militaire, beauf, monstres et petites gens... Tout est déjà là, et ce Piranhas n'a pas perdu de son mordant.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
En Blu-ray, un film indépendant comme Piranhas ne peut forcément pas rivaliser avec les grosses productions de la même époque. Clairement attendu pour rectifier l'affront de l'horrible DVD, le Blu-ray montre tout de même de très belles améliorations avec une copie qui a connu une restauration évidente avec des couleurs qui retrouvent leur stabilité et leur tenue, des contrastes biens présents et un piqué qui profite clairement d'un 1080p des plus honnêtes. L'ensemble du film se révèle ainsi bien plus beau que dans les souvenirs, même lors des séquences aquatiques, plutôt pointues. Voilà pour l'ensemble. Le master n'est cependant pas parfait et la pellicule reste terriblement endommagée par endroits. Quelques taches, deux ou trois rayures sont encore bien visibles, mais c'est surtout le grain qui peut se révéler terriblement envahissant à certaines occasions : quelques plans flous (sur l'actrice principale) décrochent un peu, tout comme les noirs de la séquence dans le chalet de  Crogan ont tendance à tirer vers un verdâtre grisonnant. Imparfait donc, mais tout de même largement recommandable pour un film de ce type. A comparer, il suffit de regarder le Blu-ray de Hurlements chez Studio Canal pour retrouver son indulgence.

 


Son :
Mono d'origine en version anglaise et française, mais remasterisé en DTS HD Master Audio. Cela permet d'éviter un aspect lourdaud des pistes fatiguées d'origines, mais cela reste tout de même un travail d'époque, pas toujours parfaitement mixé, laissant entendre par exemple quelques effets qui se marchent sur les pieds ou des dialogues qui sentent la prise directe mal maitrisée. Une fois encore cela reste dû à la nature même du film. Heureusement le son si particulier de ces chers piranhas est toujours aussi percutant.

 


Interactivité :

Un peu désolant, mais une fois encore les spectateurs français se voient refuser le défilé de suppléments proposés aux USA. Commentaire audio du réalisateur, making of, scènes inédites de la version longue tv et bêtisier ne sont pas présents ici. Heureusement l'éditeur compense en proposant déjà un amusant montage de séquences persos filmées en 8mm par l'équipe lors de la préparation des effets spéciaux et sur le tournage, mais surtout en offrant une toute nouvelle interview de Joe Dante. Pas moins de 40 minutes en compagnie de l'un des hommes les plus adorables de l'histoire du cinéma, ça ne se refuse pas. Surtout qu'une fois encore, le cinéaste évoque sans détour  sa vision du cinéma américain, s'amuse de la méthode Corman tout en la louant, évoque ses débuts et les nombreuses heures passées en salle de montage à tenter de récupérer un film qu'il  trouvait catastrophique (oui, il parle bien de Piranhas), rend hommage à ses pairs et ses acteurs fétiches et regrette (forcément) les mythique années 70 où tout semblait possible dans le petit monde du cinéma. Passionnant comme toujours avec le monsieur.

Liste des bonus : Défense d'entrer (40'), Rushes de tournage (10'), Bande-annonce.  

 
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