BARBET SCHROEDER : UN REGARD SUR LE MONDE
Général Idi Amin Dada, Autoportrait / Koko le gorille qui parle / Maîtresse / Tricheurs / La Vierge des tueurs - France / Espagne / Colombie - 1974/2000
Image plateforme « Blu-Ray »Image plateforme « DVD »
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Réalisateur : Barbet Schroeder
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 ou mono, Espagnol DTS HD Master Audio 5.1(La Vierge des tueurs)
Sous-titre : Français et Français pour sourds et malentendants
Durée : 479 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 26 avril 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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portoflio
LE PITCH
Cinq films où se croisent fiction et documentaire. Cinéaste à part dans le paysage cinématographique français, Barbet Schroeder est un véritable « explorateur du cinéma » : ses films cosmopolites - tournés aussi bien en Afrique, en Amérique qu’en Europe - n’ont de cesse d’explorer la nature humaine dans ce qu’elle a de plus paradoxal, et constituent un formidable témoignage sur le monde contemporain.
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Dès-incarnations

Oublié (déjà) par une grande part du grand public, résumé tour à tour par sa période américaine (Barfly, JF partagerais appartement...) pour les uns, et franco-française pour les autres, voir uniquement par sa veine documentaire, Barbet Schroeder ne peut que difficilement se résumer. Au travers d'un coffret de cinq films révélateurs, c'est pourtant le pari que fait Carlotta.

S'il y a bien un terme qui résume le cinéma de Barbet Schroeder c'est iconoclaste... ou indépendant... ou insaisissable.... En tout cas au grès d'une filmographie hors des sentiers battus, le cinéaste, jamais totalement français, dresse le portrait de son époque avec véracité, mais aussi une légère couche d'ironie qui rappelle que quelque soit le genre approché, la forme choisie, nous somme bien là devant un film de Schroeder. Dommage d'ailleurs qu'aucun de ses long métrages produits pour le marché américain, entre le superbe Barfly et le stérile L'Enjeu, plus stylisés, formalistes, ne viennent compléter la sélection ici proposée, tant justement tout le cinéma du monsieur repose sur les variations de distance avec une certaine idée du cinéma « vérité ». Lui qui malgré ses amitiés avec quelques artistes et critiques gravitant autour des Cahiers du cinéma dans les années 60/70, n'a jamais vraiment adhéré à la fameuse politique des auteurs, préférant justement remettre constamment en question son approche de l'objet filmique. D'ailleurs, dès le tripant More, évocation faussement doucereuse de la fin du mouvement hippie baignée dans les partitions mémorables de Pink Floyd, Schroeder donne à voir un monde, celui de ses contemporains, mais avec un œil biaisé qui, sans le dire ouvertement, appose une personnalité sombre, acide.

 

l'objectif


Et c'est encore plus probant sur le phénoménal Général Idi Amin Dada, Autoportrait, documentaire de 1974 voué au départ à une série télévisée sur les grands dirigeants du monde, que le cinéaste vendra à ce gfameux dictateur du XXème siècle, comme un outils de propagande. Un détournement malin et féroce, où la caméra n'a de cesse de laisser le président mégalomane de l'Ouganda s'enfoncer progressivement et avec bonhommie dans un ridicule d'autant plus effrayant. Un portrait inoubliable, jubilatoire dans ses grands moments de folie des grandeurs (les démonstrations militaires ahurissantes), mais qui peut faire froid dans le dos d'un simple regard, ou d'une petite anecdote rappelant que le pauvre ministre en train de se faire vilipender, sera retrouvé quelques jours plus tard dans l'estomac d'un crocodile... Si l'objet interpelle autant, c'est que jamais Schroeder ne semble juger l'homme qui s'exprime devant lui, persuadé de mettre en scène sa propre célébration... Pas très loin finalement de ce que fera quelques années plus tard la série Strip Tease pour la télévision. Tourné quatre ans plus tard, le moins polémique Koko le gorille qui parle, n'usera jamais non plus du voix commentant moralement les choix scientifiques et éducatifs de Penny Patterson, tentant d'apprendre à sa gorille les rudiments du langage par le signe. Une femme aux motivations nobles, mais qui lors des échanges face caméra, laisse peu à peu affleurer un regard anthropomorphiste voué à fausser totalement l'expérience. Le sujet se coupe involontairement l'herbe sous le pied, transformant la pauvre Koko, déracinée dès ses origines, vivant dans une caravane et non dans la jungle, en une créature forcément touchante, symbole malgré elle du rapport malade que l'homme réserve au monde animal.

 

roulettes russes


De cette fascination et de cette maitrise de la forme documentaire, il en restera forcément toujours quelques-chose dans le reste de la filmographie de Schroeder. Et c'est le cas bien évidement dans le « diptyque » formé par Maitresse et Tricheurs. L'un s'intéresse au pratiques SM, l'autre à l'enfer du jeu, tout deux liés à la fois par le physique fragile de Bulle Ogier et porté par une « gueule » du cinéma français soit un Gérard Depardieu tout juste sortis de Les Valseuses pour le premier, et le très rare Jacques Dutronc pour le second. La direction d'acteur va à la justesse, voir à la discrétion, tandis que les deux métrages ressembleraient presque à des études sociologique sous couvert de deux romances, chaleureuse et puissante dans Maitresse, un peu artificielle dans le moins réussi Tricheurs. Sans embryon de discours ou de jugement moral sur les choix de vie des uns ou des autres, Schroeder scrute sans froideur mais avec un intérêt étrangement humaniste ceux que certains pourraient décrire comme des déchéances de principes. Plastiquement superbe, subtilement écris, Maitresse est d'ailleurs l'une des plus grandes réussites de son auteur, préservant justement avec élégance un équilibre constant entre ses pulsions de cinéma (une mise en scène travaillée, mais discrète) et cette sensation de fenêtre ouverte sur une intimité bien trop souvent caricaturée.

 

pasadoble


Un danger qui guette aussi à de nombreuses occasions le bien plus tardif La Vierge des tueurs, qui après dix ans de projets de studios dans l'industrie US, résonne comme un retour aux sources autant que comme une rupture. Adaptant avec son auteur le roman de Fernando Vallejo, cette production indépendante capturée sur un format numérique alors à ses balbutiements, est une étrange déambulation dans les ruelles barbares d'une Medellín transformée en Gomorrhe moderne par les réseaux de la drogue, en compagnie d'un couple passionné : un romancier qui revient dans une ville qu'il ne reconnait plus, et un adolescent, tueur à ses heures, véritable rejeton de cette modernité. Une romance pédophile qui s'avère presque ce qu'il y a de plus beau et naturel dans La Vierge des tueurs, œuvre particulièrement trouble et ambivalente, à l'image de ce quinqua nihiliste, misanthrope insupportable, soit disant dernier détenteur des grandes valeurs morales, et qui rapidement laisse échapper ses fascinations pour les représentations religieuses et la violence froide dont font preuve ses amants. Curieuse aventure, qui se perd parfois dans une direction d'acteur aléatoire et un dispositif filmique trop lisse (les premières caméras HD ce n'était vraiment pas ça), mais qui entre L'Enjeu, Calculs meurtriers et le catastrophique Inju, la bête dans l'ombre, résonne aujourd'hui comme l'un des derniers et beaux sursauts d'un ancien enfant terrible du cinéma.

Nathanaël Bouton-Drouard
















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Image :
Cinq films sont ici proposés. Cinq visages de la cinématographie de Barbet Schroeder soit deux documentaires tournés en 1.33, deux fictions françaises parfaitement esthétiques et une expérimentation HD plus tardive. Forcément les images sont variées et imposent chacunes leurs petits challenges, que l'éditeur Carlotta a relevé haut la main. Général Idi Amin Dada, Autoportrait et Koko le gorille qui parle ont ainsi été confiés au performant laboratoire Lumières Numériques qui a réussi à nettoyer de fond en comble les masters existants et vieillissants, tout en dynamisant les sources 16mm par un scan 4K des plus impressionnants. Piqué, teintes, précision, tout est enfin visible pour la première fois.
Presque aussi impressionnant, Maitresse et Tricheurs ont été soignés par un autre labo (Hiventy) mais pour un résultat tout aussi soigné avec des cadres désormais virginaux, des contrastes magnifiés et surtout une volonté de rester au plus près des sensations de la pellicule. Là encore les scans 4K font des merveilles, dans les premiers plans et dans la profondeur, tout en soulignant un travail photographique chaleureux assez typique de la proximité des années 80.
Cas à part, La Vierge des tueurs fut capturé en 1999/2000 avec l'une des premières caméras numériques HD pro, ce qui bien entendu a largement facilité le travail de l'éditeur. Reste que ce transfert sur Bluray creuse encore le fossé entre le regard actuel et cette étrange sensation de fluidité constante (on dirait une tv mal réglé à la Fnac), de lumière artificielle et de noirs neigeux.

 


Son :
Le travail de restauration est tout aussi présent sur les bandes sonores, mais de manière bien plus discrète. En effet, les quatre premiers films gardent fermement leur mono d'origine, restitués ici via des DTS HD Master Audio qui outre une clarté marquée laisse entendre aux plus tatillons un vrai rééquilibrage des sources et une harmonisation sensible (particulièrement agréable sur les deux docs). Plus récent, La Vierge des tueurs est proposé avec un doublage français (passable) et surtout dans sa version originale espagnole en DTS HD Master Audio 2.0 (clair) et 5.1, un poil plus dynamique pour ce dernier, mais sans en faire des tonnes.

 


Interactivité :
Tous les cinéastes doivent rêver de tomber dans l'escarcelle de Carlotta qui après le superbe coffret réservé à Borowczyk se fend d'un objet légèrement moins volumineux pour Barbet Schroeder, mais toujours aussi élégant. Le boitier contient ainsi trois digipack avec à chaque fois les différents films proposés aussi bien sur support Bluray que sur DVD. Déjà responsables des précédentes éditions des quatre premiers films, l'éditeur en profite pour ressortir les passionnants entretiens entre le réalisateur et le journaliste Jean Douchet, explorant à chaque fois les origines de chaque films, des tournages pas toujours évidents et le style même de Schroeder. A cela s'ajoute à chaque fois quelques items plus thématiques venant compléter les réflexions des métrages avec un regard différents sur Amin Dada, les commentaires d'un ethnologue sur Koko, un thérapeute qui explicite la pathologie du jeu ou une authentique dominatrice pour Maitresse.
Autrefois distribué par Studio Canal, La Vierge des tueurs retrouve heureusement ici sont excellent making of, long et complet, qui retrace efficacement une expérience cinématographique risquée et parfois extrêmement tendue. Des risques sur lesquels le réalisateur revient avec un entretien inédit encore une fois confié à Jean Douchet. De la rupture avec le cinéma américain, les choix esthétiques, les menaces de kidnapping... pour sûr la carrière de Schroeder est unique.

Liste des bonus :
Général Idi Amin Dada, autoportrait : « L'Ouganda au temps de Dada » : préface historique sur le Général et son pays (6'), Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet (21'), « Idi Amin Dada, général ubuesque » : entretien avec Thierry Michel, cinéaste documentariste (16')
Maîtresse : Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet (18'), « Maîtresse sans dessus dessous » : entretien avec Jean Streff, scénariste et réalisateur (17'), « Une femme et son double » : entretien avec Jeanne De Berg (Catherine Robbe-Grillet), auteur de « Cérémonies de femmes » (13'), Bande-annonce
Koko, le gorille qui parle : Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet (19'), « Koko qui ? Que ? Quoi ? » : entretien avec Frédéric Joulian, ethnologue et maître de conférences sur la fascination pour les gorilles (16'), Bande-annonce
Tricheurs : Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet (20'), « Jouer n'est pas tricher » : entretien avec Serge Minet, thérapeute, sur la pathologie du jeu (16'), Bande-annonce
La Vierge des tueurs : Entretien avec Barbet Schroeder par Jean Douchet (31'), Making of (41'), Bande-annonce


GÉNÉRAL IDI AMIN DADA, AUTOPORTRAIT © 1974 LES FILMS DU LOSANGE. Tous droits réservés.
KOKO, LE GORILLE QUI PARLE © 1977 LES FILMS DU LOSANGE / INA. Tous droits réservés.
MAÎTRESSE © 1976 LES FILMS DU LOSANGE. Tous droits réservés.
TRICHEURS © 1983 LES FILMS DU LOSANGE / FRANCE 3. Tous droits réservés.
LA VIERGE DES TUEURS © 1999 LES FILMS DU LOSANGE / LE STUDIO CANAL+. Tous droits réservés.

 
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