ET AU MILIEU COULE UNE RIVIèRE
A River Runs Through It - Etats-Unis - 1992
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Et au milieu coule une rivière »
Genre : Drame
Réalisateur : Robert Redford
Musique : Mark Isham
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 125 minutes
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie : 24 mai 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Et au milieu coule une rivière »
portoflio
LE PITCH
Montana, début du siècle dernier. Elevés à la dure par un père pasteur presbytérien, deux frères nourrissent une passion commune pour la pêche à la mouche. Mais la vie leur fait prendre des trajectoires opposées : l’ainé choisit la raison. Le cadet opte pour l’aventure et l’imprévu. Au risque de se brûler les ailes.
Partagez sur :
robert fait mouche

Nom : Redford. Prénom : Robert. Signes distinctifs : blond, progressiste, indépendant, cool, iconique. Bref le genre de mec un poil énervant. L'incarnation chic et vintage d'un certain cinéma, celui des années soixante et soixante-dix. Le digne représentant d'une autre Amérique, altruiste et conquérante, humaniste et racée. Redford, c'est tout un pan de la culture populaire de nos parents, voire de nos grands-parents. Des rôles mythiques dans des films à la classe internationale: La Poursuite Impitoyable, Butch Cassidy et le Kid, Jeremiah Johnson, L'Arnaque, Les Trois Jours du Condor, Les Hommes du Président. Redford, c'est l'initiateur du festival de Sundance (baptisé ainsi en hommage à son personnage de « Sundance Kid »), rampe de lancement pour de nombreux jeunes talents issus du circuit indépendant. Redford, enfin, c'est un cinéaste engagé, adepte de sujets dîts de « gauche » comme l'écologie et le respect de l'environnement.

Ça tombe bien, il s'agit de l'un des thèmes phares de son troisième long-métrage; adaptation de la nouvelle La Rivière du Sixième Jour de Norman Maclean, pour laquelle Redford s'est battu longuement afin d'obtenir les droits. Une ode à la nature nourricière et aux paysages exaltants du Montana. La rivière du titre, dans laquelle deux frères s'adonnent à l'art ancestral de la pêche à la mouche, est aussi le symbole du cours de l'existence, du destin et du chemin intérieur. Il se dégage du film une sorte de mysticisme soft, d'évangélisme bucolique. Portée par la voix du narrateur (Robert « himself » en VO), la trame d'Et Au Milieu Coule Une Rivière est on ne peut plus classique. Certains diront pépère ou pire, pompeuse et académique.

Il est vrai que sieur Redford avance tranquille. Il déroule son fil narratif avec la cadence d'un randonneur en pré-retraite. Les séquences s'enchaînent gentiment, sans précipitation et sans heurts. Le scénario suit les cheminements diamétralement opposés de deux frangins qui s'adorent. L'un quitte cet éden montagneux pour aller faire ses études dans l'Est et devenir enseignant. L'autre reste au pays et devient un as de la pêche à la mouche. Mais il sombre également du côté obscur, rongé par des addictions au jeu et à l'alcool qui le mèneront à sa perte. Cette divergence fraternelle conduisant à la tragédie familiale constitue tout l'attrait du film. Redford traite intelligemment de sujets qui lui tiennent à coeur : les affres d'une éducation rigoriste, le désir d'émancipation et de liberté, la vision d'une Amérique mythologique, presque chamanique, héritée des Indiens et des pionniers. Il s'appuie sur la pudeur des sentiments, les non-dits, le ressenti, la sensorialité. Le décor, magnifié par la photographie du « frenchie » Philippe Rousselot (Diva et La Lune dans le Caniveau de Beineix, La Forêt d'Emeraude de John Boorman ou plus récemment le diptyque Sherlock Holmes de Guy Richie), compose un personnage à part entière. Le chef op' saisit avec inspiration la lumière si particulière du Montana, ses proportions bibliques, ses vallées verdoyantes, ses torrents régénérateurs. Et les scènes de pêche à la mouche dégagent une vraie beauté, même si l'on a parfois l'impression de suivre un «Chasse et Pêche» en retour de boîte à quatre heures du mat'. Pour apprécier l'oeuvre à sa juste valeur, il est donc préférable de succomber à la lenteur et de se laisser le temps.

 

le cinéma de papa


Redford semble y livrer, en sous-texte, une relecture de son propre parcours créatif. On ne peut s'empêcher de songer au Jeremiah Johnson de Sidney Pollack, sublime western écologique où un ancien militaire fuyait la civilisation et la violence des hommes pour devenir trappeur et épouser les us et coutumes des Indiens. Quant au choix du casting, il n'est pas anodin. Outre les prestations très dignes de Tom Skerritt (Alien, Top Gun) dans le rôle du père, de l'aujourd'hui oublié Craig Sheffer dans le rôle de l'ainé et l'apparition d'un p'tit jeunot nommé Joseph Gordon-Levitt, nous retiendrons surtout l'interprétation du cadet, ce frère maudit, pour lequel Redford choisit un Brad Pitt alors débutant. Une gravure de mode, blond et charismatique comme lui. C'est simple, on dirait son portrait craché. Pas encore « noirci » par ses collaborations avec le diabolique David Fincher, Pitt fait ici clairement écho aux fastueux héros que Redford a interprété plus tôt (le fuyard de La Poursuite Impitoyable, le brigand arrogant de Butch Cassidy et le Kid, le joueur de poker de L'Arnaque ou le reporter des Hommes du Président) et leur collaboration s'avère payante ; les deux hommes se retrouveront près de dix ans plus tard dans l'excellent Spy Games, jeux d'espion de feu Tony Scott, qui insistait encore plus intensément sur leurs ressemblances physiques et artistiques. Comme filiation, il y a carrément pire.

Gabriel Repettati










Partagez sur :
 

Image :
L'image a bénéficié d'une restauration complète, laborieuse et chimique. Le format respecte les teintes de la pellicule argentique originelle utilisée par le directeur de la photo Philippe Rousselot. On décèle une ou deux impuretés, mais dans l'ensemble la copie s'avère particulièrement lumineuse, avec un étalonnage plutôt luxuriant des couleurs et une précision globale des contrastes.

 


Son :
Excellent remixage en DTS-HD Master Audio 5.1 qui respecte parfaitement la piste sonore originale. La musique est plutôt discrète mais sait déployer toute sa puissance lors des séquences plus spectaculaire, comme la descente des rapides par les deux frères. On préfèrera néanmoins la version originale à la version française, qui manque un peu de naturel.

 


Interactivité :

Pathé propose un fourreau Blu-Ray/DVD plutôt classe. Du côté des suppléments, trois entretiens inédits réalisés en 2017. Le premier, de loin le plus intéressant, est consacré à Philippe Rousselot. il nous apprend avoir été repéré par Redford grâce à son travail chez Jean-Jacques Beineix et John Boorman. Redford voulait rester le plus fidèle à l'atmosphère du roman et Rousselot dit avoir respecté « une obligation esthétique et morale ». Pour la deuxième interview, le comédien Tom Skerritt évoque ses souvenirs de tournages en insistant sur le fait que Robert Redford souhaitait laisser la part belle à l'improvisation. Dans la troisième et dernière interview, la britannique Brenda Blethyn, qui incarne la mère, dit avoir perfectionné son accent au contact d'habitants du Montana.

Liste des bonus : Entretien avec Philippe Rousselot (22'), entretien avec Tom Skerritt (12'), entretien avec Brenda Blethyn (21'), bande-annonce.

 
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009