PERFECT BLUE
Japon - 1998
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Perfect Blue »
Réalisateur : Satoshi Kon
Musique : Tetsu Saito
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0, français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 81 minutes
Distributeur : Kazé
Date de sortie : 24 mai 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Perfect Blue »
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LE PITCH
Mima, une chanteuse adulée et extrêmement populaire décide de quitter son groupe pour se vouer à une carrière d'actrice. Alors que cette décision provoque la colère de nombreux fans, elle persiste et accepte un petit rôle dans une série télévisée. L'image sage et édulcorée de l'icône pop est alors écornée lorsque la jeune femme doit jouer des scènes de viol collectif et se dévoile nue dans des photos de charme. Mais un fan semble bien plus virulent et rancunier que les autres.
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Personae

Disparu malheureusement bien trop tôt, Satoshi Kon est devenu en peu de temps l'un des plus grands auteurs de films d'animation japonais. Du bouillonnant Tokyo Godfather au virtuel Paprika en passant forcément par l'extraordinaire série Paranoïa Agent, son cinéma navigue sur des performances oniriques, annoncées dès le génial, et désormais culte, Perfect Blue.

Tournant définitif dans la représentation du cinéma d'animation dans le reste du monde, Perfect Blue est le digne successeur du cinéma de Tezuka, Miyazaki, Oshii ou Otomo dans le sens où il repousse une nouvelle fois cette idée vieillissante d'une forme, le dessin animé, uniquement dédiée aux enfants et aux royaumes de l'imaginaire. Peut-être plus encore que ses prédécesseurs justement, le premier long métrage de Satoshi Kon, même s'il reste profondément japonais et ancré dans une culture marquée, concurrence directement ses modèles « live », soit un thriller psychologique vertigineux, revisitant les chefs-d'œuvre d'Alfred Hitchcock depuis des décennies, autant du coté d'un Brian De Palma (Body Double), d'un David Fincher (Seven), voir d'un Darren Aronofsky (Black Swan lui doit beaucoup... beaucoup) en s'emparant de la liberté de l'animation. D'ailleurs Perfect Blue faillit même être une minisérie jouée par des acteurs, avant que le terrible tremblement de terre de Kobe de 1995 ne ravagea, entre autre, les studios de production. Revu à l'économie donc, un budget réduit, un tournant vers l'anime (avec un habillage signé Madhouse), et une forme de distribution segmentant avec le passage par la case OAV, soit une vente unique sous forme de cassette vidéo à l'époque. De quoi enterrer le projet, mais amis et mentor depuis Roujin-Z et surtout le sublime film à sketch Memories, Katsuhiro Otomo va venir apposer gracieusement un « Katsuhiro Otomo Présente » qui permet au film de connaitre un regain d'intérêt et surtout une tournée glorieuse dans les plus grands festivals du monde.

 

"j'ai touché le fond d'la piscine"


Et le choc viendra alors d'occident, car là-bas, personne ne connait Satoshi Kon, mangaka éblouissant (Kaikisen, Opus) et animateur de renom sur les productions d'Otomo, mais aussi car personne ne s'attend à découvrir un authentique thriller, brillant, malin et surtout formellement explosif et subtile. En ligne de mire le Vertigo d'Hitchcock bien entendu, incontournable phantasme de la femme double, mais aussi le petit monde des otakus, de la culture Idol, du star-système hautement éphémère d'une industrie du spectacle qui, ici, ne parlera jamais d'ambitions artistiques... Excepté elle, Mima, petite chanteuse adolescente qui s'imagine actrice et va se perdre dans les différentes images d'elles-mêmes que les autres projettent : créature fragile, jeune fille indépendante, star chaleureuse pour ses fans, objet marketing docile pour ses producteurs, écervelée pour ses collègues de la série Double Bind... A tel point que Mima elle-même va très vite s'y perdre, son identité semblant exploser aux quatre vents, les miroirs (aux alouettes ?) se fendiller et tomber au ralenti. Moins la dénonciation d'un système (Kon s'en est toujours défendu) que le portrait d'un sexe déboussolé entre une société célébrant une certaine forme de pureté, se vantant d'une moralité archaïque et balançant une imagerie ultra-sexuée, Perfect Blue fait semblant de jouer sur les deux bords. En particulier lors d'une séquence de viol tournée pour le dernier programme à succès, qui devient une authentique torture pour l'actrice en herbe et une vision purement érotique pour les males témoins. Le brio de Perfect Blue, outre cette superposition constante de niveaux de lecture, de réflexions esquissées, est cette capaciter d'embrasser constamment le point de vue de plus en plus délirant de Mima, mêlant réalité, fiction et cauchemars, dans une mise en scène schizophrène mais constamment maitrisée. A lisière de l'œuvre méta, architecturé autour de la figure envahissante du miroir, renvoyée constamment aux regards volés et autres reflets, Perfect Blue est un film absolument renversant et profond, virtuose et intime.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Produit comme un long métrage indépendant, dédié à sortir uniquement en vidéo et réalisé en 1998, alors que le support cellulos approche de sa fin de règne, Perfect Blue ne peut forcément retrouver une jeunesse virginale, un rendu simplement lumineux et direct comme tous les anime numériques d'aujourd'hui. Le master d'origine a été cependant soigneusement restauré avec un gommage très efficace des nombreuses traces présentes autrefois sur la pellicule, et un nouveau scan 2K largement plus percutant dans les détails et la précision. Par contre toutes les séquences ayant en leur temps subies des modifications vidéos (générique, effets d'écrans de tv incrustés...) souffrent encore d'une définition moins musclée. Mais dans l'ensemble, le film y gagne certainement, en particulier du côté des contrastes et du piqué, et on imagine mal le film pouvoir profiter d'une restauration plus poussée.

 


Son :
Déjà sur l'ancienne édition d'HK vidéo le film se paraît de mixage moderne en DTS 5.1 et la proximité avec le DTS HD Master Audio 5.1 proposé ici est évidente. Même si quelques ambiances ressortent largement (la scène de viol collectif, quelques effets urbains, la Mima Idol qui disparait dans les couleurs), les effets dynamiques sont le plus souvent discrets et subtiles. Un petit travail sur la spatialisation qui ajoute au trouble général du spectateur, à sa perte de repères, plutôt qu'à une recherche de spectaculaire quelconque. A noter que le doublage français est, une fois n'est pas coutume, plutôt sobre et efficace.

 


Interactivité :
Disponible tout d'abord en édition single, le Bluray de Perfect Blue réutilise comme suppléments vidéos d'anciennes interviews enregistrées lors de la sortie du film au Japon. Des entretiens vidéos un peu laborieux dans leur forme, mais qui étonnamment laisse filtrer quelques informations plutôt intéressantes comme lorsque l'actrice Junka Iwao avoue avoir eu du mal justement à interpréter le chemin de croix de l'héroïne, ou que Satoshi Kon s'amuse de sa narration éclatée et regrette même d'avoir été trop « clair » avec l'épilogue... Dont la dernière image est justement le seul plan un peu fragile du film. La section s'achève sur une vision des coulisses de l'enregistrement de la chanson principale.

Mais Perfect Blue existe aussi désormais dans une édition limitée et bien plus imposante. Elle se compose du Bluray bien entendu, accompagné du DVD du film, le tout glissé dans un digipack format BD qui lui-même vient s'intégrer à un superbe fourreau assez luxueux. Une jaquette en plastique transparente joue justement littéralement sur la mise à nue de l'héroïne, avec au passage une illustration splendide de Satoshi Kon. Un artiste que l'on retrouve directement dans l'art book de 64 pages via un entretien inédit, mais aussi par le biais de nombreux dessins promotionnels (tous splendides) ou les recherches graphiques de ses collaborateurs et animateurs. Un ouvrage très complet, mais moins imposant encore que le volume de 200 pages comprenant l'intégralité du storyboard du film, avec en exergue des scènes jamais tournée (dont une ouverture beaucoup plus longue). Si les annotations restent en japonais, la précision du trait de Satoshi Kon (manga-ka rappelons-le) rend le tout parfaitement lisible et même franchement beau.

Liste des bonus : Enregistrement « Angel of the Heart » (4'), Entretien avec Junko Iwao (6'), Entretien avec Satoshi Kon (11'), Le trailer japonais (2'), LE STORY-BOARD du film comprenant les scènes coupées (192 pages), ARTBOOK (64 pages couleurs)

 
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