Nombreux sont les personnes qui ne voient encore dans le jeu vidéo, et en particulier lorsque celui-ci travaille l'action à bras le corps, qu'une forme de divertissement primaire et en rien artistique. Ca ne peut évidemment pas être l'œuvre d'artistes ou de visionnaires dont le principal pinceau serait le Game Design. Ces détracteurs-là n'ont sans doute jamais joué aux deux premiers Ninja Gaiden.
Modèles de bourrinage total certes, mais dont l'exigence stratégique des enchaînements, la précision des esquives et la connaissance imposée du Level Design avaient poussé certains à détruire définitivement les ligaments des mains, Ninja Gaiden et sa suite restent des expériences inoubliables. Leur ambition et leur difficulté démesurée étaient dues entièrement à la personnalité de Tomonobu Itagaki (le créateur méga rock'n'roll de Dead or Alive), malheureusement parti en claquant la porte de Tecmo depuis. C'est donc une équipe amputée de sa principale tête pensante qui doit mener à son terme ce troisième épisode nouvelle génération (la série a en fait débuté en 1988 sur NES), les développeurs se devant de maintenir le même niveau de réussite. Visuellement d'ailleurs, l'ensemble tient relativement la route, et présente un Ryu toujours aussi luisant et recouvert de cuir, lancé dans un découpage en règle de ses ennemis. Quoique des amputations, il n'y en a plus ici, Tecmo préférant recouvrir le héros et l'écran de giclées de sang au moindre coup de lame. Mine de rien, le changement est de taille et induit que la précision surnaturelle des coups n'est plus de mise, et pour cause, le niveau de difficulté générale ayant été tellement revu à la baisse afin que l'aventure ressemble à une balade de santé. Les ennemis mourants sur le sol ne se trompent pas en disant « my god, it's a monster », tant plus rien ne semble atteindre ou faire frémir notre valeureux héros.
Ce changement radical s'accompagne presque logiquement d'un appauvrissement sidérant de l'expérience de jeu : plus aucun item à récupérer ou à gérer, une seule arme non customisable, un unique ninpo qui dévaste tout sur son passage et rend l'intégralité de la vie immédiatement... Il ne s'agit plus en effet que de marteler sans réel intention les deux touches d'attaques, ou accessoirement le bouton de saut, pour sortir les enchaînements les plus rocambolesques, tout en attendant quelques secondes pour lâcher un dragon de feu (spectaculaire mais vite lassant) ou charger son bras pour se lancer dans une séance de découpe automatique. Vite redondant, Ninja Gaiden 3 manque de relief et de passion, alternant quelques cabrioles dans un décor peu inspiré et des QTE abusifs face à quelques boss pas franchement charismatiques. Le summum étant sans doute atteint par le nouvel arc du bonhomme, qui a la gentille intention de viser automatiquement les adversaires, même si ceux-ci étaient au préalable dans le dos du héros. Pratique mais pas franchement fun. Reste le moyen d'augmenter la difficulté directement dans les menus, mais l'altération s'avère tout de même artificiel (ne reposant sur aucune subtilité, donc) et particulièrement éreintante pour les avant-bras. Grosse déception donc pour ce retour tant attendu, qui passe d'ailleurs totalement à côté de l'implication de la nouveauté scénaristique de l'épisode : le bras désormais maudit de Ryu. Alors que cela aurait pu venir étoffer le gameplay de nouvelle habiletés ou de nouveaux handicaps, cet élément restera cantonné aux cinématiques du jeu. Jolies mais vides, elles aussi...











